Les élus du comité social et économique (CSE) disposent de multiples occasions pour faire appel à un expert. Celles-ci ont été précisées par l’ordonnance n°2017-1386 du 22 septembre 2017.

Quand dois-je faire appel à un expert du CSE ?

On distingue plusieurs cas de figure pouvant occasionner le recours à un cabinet d’expertise CSE (article L2315-78 du code du travail) :

  • Consultations récurrentes du CSE : orientations stratégiques, situation économique, politique sociale de l’entreprise (articles L2315-87, L2315-88 et L2315-91 du code du travail).
  • Problématiques ponctuelles : risque grave, projet de restructuration, droit d’alerte, licenciements économiques collectifs, fusion, etc (articles L2315-91, L2315-94 et L1233-57 du code du travail).
  • Préparation des travaux ou du budget du CSE (article L2315-81 du code du travail).
  • Assistance à la négociation : égalité professionnelle, plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), accords de performance collective (articles L2315-92 et L2315-94 du code du travail).

Vous apprendrez en premier lieu à distinguer deux grands types d’expertise :

  • L’expertise à charge de l’employeur ou co-financée : sur les consultations récurrentes et sur les problématiques ponctuelles.
  • L’expertise « libre » à charge du CSE : sur la préparation de ses différents travaux ou du son budget.

Important : le recours à un expert à charge de l’employeur ou co-financé est réservé aux entreprises d’au moins 50 salariés.

Pourquoi un CSE a-t-il intérêt à se faire accompagner par un expert ? 

L’expertise CSE est un outil légal efficace dans l’accompagnement des élus.

  • Elle apporte une lecture éclairée sur la situation économique de l’entreprise, sa politique sociale et ses orientations stratégiques. Elle offre donc aux élus l’opportunité de s’emparer réellement de ses prérogatives lors des consultations annuelles.
  • Elle aide les élus du CSE à s’armer face aux problématiques qu’ils rencontrent au sein de leur entreprise : vous êtes alertés par des situations de harcèlement mais ne savez pas comment réagir ? Des collègues vous rapportent être victimes de discrimination ? Un plan de restructuration est en cours et vous ne voyez pas clair sur ses risques ?
  • Elle vous formulera des recommandations utiles lorsque vous êtes pris dans un rapport de force : vous êtes inquiets par le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) proposé par votre employeur ? Vous n’êtes pas convaincus par la politique de prévention contre les discriminations proposée ?

Les types d’experts et leurs rôles

L’expert-comptable

L’expert-comptable réalise des expertises dans le cadre des trois consultations récurrentes du CSE (orientations stratégiques, situation économique et politique sociale de l’entreprise).

Important : l’obligation de l’expertise comptable par le CSE. La nomination d’un expert-comptable par le CSE est même obligatoire pour réaliser l’expertise des comptes du CSE. Avant la réforme des instances représentatives, la nomination d’un expert-comptable imputait au comité d’entreprise (CE). Cet impératif a donc simplement été transféré.

L’expert S​SCT (santé, sécurité et conditions de travail)

L’expert SSCT est sollicité dans le cadre de problématiques liées à la santé, la sécurité et aux conditions de travail.

Dans les grandes entreprises, ces problématiques sont observées en premier lieu par les élus de la commission SSCT. Elles regroupes des enjeux très larges : droit d’alerte sur la santé, maladies professionnelles, harcèlement moral, stress, accident du travail, etc.

L’expert libre

L’expert libre peut être sollicité par les élus du CSE à tout moment pour les aider à préparer leurs travaux. Cependant, à la différence des deux autres types d’expertises, l’expertise libre sera totalement à la charge financière du CSE.

Qu’est-ce qu’un expert habilité ? Qu’est-ce qu’un expert agréé ?

Jusqu’au 31 décembre 2021, les élus du CSE peuvent faire appel à un expert (ou cabinet d’expertise) agréé. Cet agrément est délivré par un organisme reconnu. Après cette date, les experts doivent être habilités (ou certifiés) par un organisme accrédité. Autrement, on parle d’experts « libres ».

Combien ça coûte et qui paye ?

L’expertise agréée est soit à la charge de l’employeur, soit co-financée. L’expertise libre est, elle, à l’entière charge du CSE.

Coût de l’expertise prise en charge par l’employeur

C’est l’employeur qui règlera la totalité du coût de l’expertise dans les cas suivants :

  • Expertise sur les consultations récurrentes : situation économique, politique sociale et conditions de travail et d’emploi.
  • Expertise sur l’identification d’un risque grave (peut importe qu’il soit révélé ou non par un accident du travail ou une maladie professionnelle).
  • Expertise en cas de licenciements économiques collectifs.
  • Entreprise de 300 salariés et plus : expertise de préparation à la première négociation sur l’égalité professionnelle (article L2312-18 du code du travail).

Important : sur les autres expertises liées à des consultations récurrentes ou ponctuelles, l’employeur les prendra également en charge à 100% si le budget de fonctionnement du CSE est insuffisant.

Coût de l’expertise partagé entre l’employeur et le CSE

L’expertise est financée à 80% par l’employeur et 20% par le CSE (sur son budget de fonctionnement) dans les cas suivants :

  • Expertise sur les consultations récurrentes : orientations stratégiques.
  • Expertise sur les consultations ponctuelles : opération de concentration, droit d’alerte, nouvelles technologiques, projet pouvant modifier les indicateurs de santé, de sécurité ou de conditions de travail.

En résumé : financée par l’employeur ou co-financée ? Pour les consultations récurrentes, l’expertise est financée à 100% par l’employeur sauf si elle concerne les orientations stratégiques. Pour les consultations ponctuelles, l’expertise est co-financée sauf si elle concerne un risque grave ou des licenciements économiques collectifs.

Réaliser un devis avec son expert comptable

Vous souhaitez faire recours à une expertise ? Vous allez alors certainement passer un certain temps à comparer les honoraires des experts.

Important : dans un cas, vous serez amenés à co-financer la mission. Dans l’autre, elle sera à la charge de l’employeur mais ne perdez pas de vue que ce dernier peut contester le coût de l’entreprise devant la justice s’il paraît démesuré.

L’expert-comptable qui vérifie votre budget annuel peut vous aider à analyser les devis des différents professionnels. Plusieurs paramètres sont à prendre en compte :

  • Combien de temps prendra l’expertise ?
  • Quelle taille fait votre entreprise ? Cela détermine par exemple la somme des entretiens à réaliser (quand il y en a).
  • L’expertise porte-t-elle sur une problématique courante ou plus rare ?

Les différents types d’expertise auprès des CSE

Les expertises sur les consultations récurrentes

Les expertises sur les consultations récurrentes du CSE permettent aux élus de mieux comprendre la situation générale de l’entreprise et ses perspectives d’organisation.

Consultation sur la situation économique et financière

L’expertise sur la consultation économique et financière fournira un rapport analytique des comptes annuels ainsi que des recommandations :

  • Le budget alloué à la formation est-il suffisant ?
  • Quelle branche de l’entreprise enregistre les meilleures résultats ?
  • Comment l’entreprise utilise-t-elle les exonérations fiscales (CICE) ?
  • Etc.

​​​​Consultation sur la politique sociale, l’emploi et les conditions de travail

L’expertise sur la politique sociale, l’emploi et les conditions de travail permet au CSE d’objectiver leur regard sur ces éléments, parfois bien connus de l’intérieur mais pas forcément rigoureusement analysés.

  • Comment analyser les départs de l’entreprise ?
  • Quel est le profil des salariés ?
  • Que signifie la hausse des arrêts maladie ?
  • L’entreprise offre-t-elle des perspectives d’évolutions internes ?
  • Etc.

Consultation sur les orientations stratégiques

L’expertise sur les orientations stratégiques de l’entreprise aidera le CSE à mettre en perspective les évolutions engagées par l’employeur.

  • Comment évoluent les outils de production ?
  • Quels sont les marchés ciblés par l’entreprise ?
  • Quelles activités tendent à se développer, et par quels moyens ?
  • Etc.

Les expertises ponctuelles

Les expertises ponctuelles accompagnent les élus dans des situations spécifiques, nouvelles ou temporaires.

Licenciements collectifs pour motif économique

En cas de plan de licenciements collectifs économiques, les élus du CSE peuvent recourir à une expertise prise en charge à 100% par l’employeur.

Un plan de licenciement engrange toujours des risques pour l’entreprise. L’expert vous permettra de disposez des meilleures informations pour négocier au mieux avec votre employeur, notamment si un PSE doit être mis en place.

  • Quelle politique de réinsertion pour les salariés licenciés ?
  • Quelle perspective de reclassement interne et externe ?
  • Une réorganisation du travail permettrait-elle de limiter le nombre de licenciements ?
  • Etc.

Droit d'alerte

Lors d’une permanence du CSE, des salariés vous ont rapporté une situation préoccupante justifiant votre recours au droit d’alerte ? Une expertise peut vous aider à bien formuler tous les risques et leurs conséquences.

  • Des carences en sécurité font risquer un accident du travail ?
  • Un nouvel investissement risque de mettre en péril les finances de l’entreprise ?
  • Les témoignages de harcèlement, de discriminations, de surmenage se multiplient ?

​​​Opération de restructuration

Votre entreprise envisage de se restructurer. Plan de départ volontaire, fusion de plusieurs services, cession… Ces manoeuvres ne sont pas sans conséquences et peuvent justifier le recours à une expertise.

  • Votre entreprise cherche un repreneur ?
  • Votre entreprise fusionne avec une autre (concentration) ?
  • Un vaste plan de restructuration bouleverse l’organisation du travail ?

Expertise CSE : quelle est la procédure ?

Le vote de l’expertise

Le recours à une expertise s’effectue par vote du CSE à la majorité des membres présents.

Le déroulé de l’expertise

  1. 1
    Cahier des charges. Une fois l’expert désigné, les élus du CSE peuvent lui communiquer un cahier des charges pour orienter sa mission (facultatif).
  2. 2
    Demande d’information. L’expert dispose de trois jours pour demander à l’employeur les informations dont il a besoin pour son expertise. Ce dernier doit les lui communiquer sous cinq jours.
  3. 3
    Lettre de mission. L’expert communique à l’employeur le coût prévisionnel, l’étendue et la durée de l’expertise sous dix jours.
  4. 4
    Durant sa mission, l’expert a libre accès à l’entreprise.

Combien de temps dure une expertise ?

La durée d’une expertise dépend des estimations de l’expert mais aussi parfois de certains accords d’entreprise.

Les durées maximales des expertises sont fixées par le code du travail à deux mois.

Dans le cadre d’une expertise sur une consultation récurrente, le CSE dispose alors de deux mois (au lieu d’un mois) pour rendre son avis.

Important : même en cas d’expertise, l’employeur n’aura pas besoin de l’avis conforme du CSE pour entériner ses décisions. L’avis du CSE reste consultatif, sauf exceptions prévues (mise en place d’horaires individualisés par exemple).

L’employeur peut il refuser l’expertise ?

L’employeur peut contester l’expertise sous dix jours auprès du tribunal judiciaire. Sa contestation peut porter sur quatre paramètres :

  1. La nécessité même de l’expertise
  2. Le choix de l’expert
  3. Le coût prévisionnel, l’étendue et la durée de l’expertise
  4. Le coût final de l’expertise

Le top 5 des cabinets d'expertises CSE

Retrouvez ci-dessous la liste des experts CSE les plus populaires auprès des entreprises.

SYNDEX

Le cabinet d’expertise Syndex réalise près de 21 000 missions par an. Organisée en SCOP, cette société se définit comme « démocratique » et « engagée ». Elle dispose de 17 sites en France et est également présente dans les DOM-TOM.

SEXTANT EXPERTISE

Sextant Expertise propose ses services aux instances du personnel depuis 1996. Ce cabinet revendique des expertises « indépendantes » et « innovantes ».

SECAFI 

Créé en 1983, le cabinet Sécafi réalise 3 000 missions chaque année. Cette ancienneté a permis à leurs experts de « développer une expertise de haut niveau ».

CEOLIS

Ceolis est un cabinet spécialisé en expertise comptable et implanté dans plus d’une dizaine de villes en France.

IRPEX

Irpex met à disposition des CSE une équipe d’expert « pluridisciplinaire ». Capable d’intervenir dans toute la France, ce cabinet d’expertise possède des bureaux physiques à Nantes, Marseille et Quimper.

expert du cse

Quelle est la différence entre les commissions paritaires (loi Rebsamen) et les expertises ?

Depuis le 1er juillet 2017 et l’entrée en vigueur de la loi Rebsamen, des commissions paritaire régionales ont été créées. Comprenant autant de salariés que d’employeurs, elles ont la possibilité d’intervenir en entreprise pour conseiller les employeurs et les salariés, effectuer des rappels à la loi ou encore favoriser le règlement de conflits.

Cependant, ces commissions ne sont pas à confondre avec les expertises.

Les actions menées par les commissions paritaires régionales ne sont pas à proprement parler des expertises.

Ces commissions ont été créées à destination des entreprises de moins de 11 salariés, ainsi elles ne visent pas le même public que les expertises, qui elles sont réservées au entreprises de 50 salariés ou plus.