Au fur et à mesure que les machines soulageaient l’Homme d’une partie du fardeau physique du travail, la pénibilité du travail s’est progressivement déplacée vers le domaine psychologique. 

Le stress est devenu le principal facteur de mal être au travail, un risque majeur pour la santé des salariés entraînant une considérable perte de productivité

Il est indiscutablement dans l’intérêt commun de l’employeur et des travailleurs de prévenir et solutionner les problèmes engendrés par le stress au travail. 

Voyons ce qu’il en est.

stress au travail

Stress au travail : quels enjeux dans l’entreprise ?

Le stress au travail représente un risque conséquent pour la santé des salariés et constitue une indéniable perte de productivité pour l’entreprise. 

Les causes du stress liées au travail sont multiples et se situent à de nombreux niveaux de l’entreprise. Les conséquences quant à elles se portent sur les salariés et les performances de l’entreprise.

Les causes de stress au travail

Les causes de stress au travail sont multiples et dépendent de l’activité de l’entreprise et de son organisation. Il n’est pas possible d’en faire une liste exhaustive, mais on peut regrouper les causes de stress les plus fréquentes en quatre catégories : les causes liées aux tâches à accomplir, à l’environnement de travail, à l’organisation de l’entreprise et les facteurs tiers.

Les causes de stress professionnel inhérentes aux tâches à accomplir

On trouve parmi ces dysfonctionnements notamment :

  • La surcharge de travail, liée à des objectifs inatteignables ou une masse d’information à traiter trop conséquente.     

  • Le travail dans l’urgence, en particulier dans les organisations de type “flux-tendus”.             
  • Les tâches trop difficiles à réaliser en raison d’un manque de formation du salarié.              

Les causes de stress résultant de l’environnement de travail

Les caractéristiques de l’environnement de travail peuvent être cause d’un stress considérable :
  • Les risques physiques (travail avec des machines dangereuses, risques d’accident…)   
  • L’environnement physique du travail : chaleur, froid, bruit

  • Les problèmes d’ergonomie                          
  • La violence de l’environnement, c’est particulièrement le cas pour les services publics, mais peut se manifester dans tous les établissements recevant du public.
  • Les changements de poste fréquents
  • Les horaires difficiles
  • Les métamorphoses incessantes de l’entreprise, notamment en raison du digital
  • La digitalisation peut également donner un sentiment d’être dépassé
  • Sentiment d'hyper connexion en raison des outils digitaux
  • La pression excessive des managers
  • Les ordres contradictoires
  • Le manque de soutien de la hiérarchie, des salariés livrés à eux même
  • Absence d’autonomie et de prise de décision dans l’organisation de son travail
  • Le harcèlement moral ou sexuel

Les facteurs tiers de stress sur le lieu de travail

Il existe des facteurs tiers qui peuvent jouer sur le stress des salariés sur leur lieu de travail. Il s’agit notamment de l’insécurité de l’emploi, particulièrement pour les salariés en contrat précaire.

La pression exercée par les clients ou les fournisseurs peut également causer un stress conséquent sur les salariés à leur contact. 

Les conséquences du stress au travail sur les salariés

Le stress impacte en de nombreux points  la santé physique et mentale des salariés et en cela  influe les performances de l’entreprise

Le stress a différents types de répercussions néfastes sur les salariés. Les symptômes sont physiques, émotionnels et intellectuels et peuvent dériver en véritables pathologies si le stress persiste. 

Les symptômes physiques :

  • Douleurs (musculaires, maux de tête, maux de ventre)              
  • Troubles du sommeil et fatigue                      
  • Troubles de l’appétit et de la digestion                          

Les symptômes émotionnels :

  •  Nervosité                    
  •  Irritabilité accrue                     
  •  Crise de larmes  
  •  Angoisse                      
  •  Sensation de mal être

Les symptômes intellectuels :

  •  Trouble de la concentration   
  •  Diminution de la vigilance (potentielles erreurs et accidents)             
  •  Difficulté à prendre des décisions                         

Si le stress persiste, ces symptômes peuvent dégénérer en pathologie

  •  Syndrome métabolique (trouble physiologique et biochimique aboutissant à de l’hypertension, une augmentation du cholestérol, et un diabète de type 2)               
  •  Maladies cardiovasculaires, le stress associé au syndrome métabolique augmente dangereusement le risque d’accident cardiovasculaire.  
  •  Troubles musculosquelettiques (TMS), le stress est, entre autres (gestes répétitifs, postures inconfortables, efforts physiques), un facteur de TMS. 
  •  Dépression et burn-out, surtout si le salarié est isolé et qu’il y a un défaut de soutien de la hiérarchie. 
Les conséquences du stress au travail au niveau de l’entreprise

Le stress est néfaste à l’entreprise à différents niveaux :

  1. En premier lieu, un stress excessif dans l’activité professionnelle peut aboutir rapidement à une dégradation des relations au sein de l’entreprise et de l’ambiance de travail. Cette dégradation a un impact direct sur la motivation des salariés
  2. Le stress augmente également l’absentéisme ainsi que le turn-over au sein de l’entreprise.

Un environnement de travail marqué par le stress et un fort turn-over influent négativement sur la marque employeur. 

En Europe le coût direct et indirect de la dépression liée au travail est estimé à 617 milliards d’euros par une étude européenne réalisée en 2012

Ces 617 milliards d’euros se décomposent ainsi : 

  • 272 milliards d’euros supportés par les employeurs
  • 242 milliards d’euros de perte de productivité
  • 63 milliards d’euros de dépenses de santé
  • et 40 milliards d’euros de prestation d’invalidité.

En ce qui concerne la France, une étude réalisée en 2007 sur le coût du stress professionnel chiffre le total pour la collectivité (en incluant les dépenses de soins, les décès prématurés, etc.)  entre 2 et 3 milliards d’euros chaque année.

Comment faire un état des lieux du stress au travail en tant qu’élu CSE ?

Afin de pouvoir se faire une idée de la situation de l’entreprise, il faut faire un diagnostic. Il faut que ce diagnostic soit réalisé à l’initiative d’une personne qui a légitimité pour le faire et un accès facile aux données qui touchent au fonctionnement de l’entreprise et à la santé des salariés. Les élus CSE sont tout à fait bien placés pour effectuer le diagnostic, mais cela peut également être fait par une autre personne, DRH ou autre.

Si personne au sein de la société n’a la disponibilité pour le faire il est également possible de faire faire ce diagnostic par une personne extérieure. 

Dans tous les cas il est recommandé de se faire aider au sein de cette enquête par des intervenants extérieurs au premier rang desquels, le médecin du travail

Il ne faut pas faire d’investigation directe auprès des salariés. En effet à ce stade la prise de mesure n’a pas été validée par la direction et il vaut mieux ne pas susciter de faux espoir chez les salariés. 

il faut donc se baser sur des indicateurs chiffrés, liés au fonctionnement de l’entreprise et à la santé et à la sécurité des salariés. 

Indicateurs liés au fonctionnement de l’entreprise  :

  •  Au niveau du temps de travail : nombre moyen de jours d’absence, nombre de salariés en horaire atypique, etc.                    
  •  Taux de turn-over                     
  •  Nombre de postes non pourvus
  •  Problème dans l’activité de l’entreprise : problème de production, retard de livraison… etc. 

Les indicateurs liés à la santé et à la sécurité des salariés :

  •   Chiffres relatifs aux accidents de travail : fréquence et gravité
  •  Chiffres liés aux maladies professionnelles                     
  •  Indicateur de mal-être au sein de l’entreprise
      • crise de nerfs ou larmes lors de la visite du médecin du travail

      • consommation de drogue, d’alcool ou de psychotrope 

  •  L’activité du service de santé du travail : Nombre de consultations spontanées, nombre d’inaptitudes déclarées, etc.                       

Un indicateur pris isolément ne veut pas forcément dire grand-chose, c’est le recoupement des indicateurs et leur évolution dans le temps qui donnent une image de la situation.

À la fin du diagnostic, on décide s’il y a besoin de prendre des mesures contre le stress au travail. Si la réponse est positive, il faut alors se tourner vers la direction de l’entreprise et négocier l’ouverture d’une démarche QVT (Amélioration de la qualité de vie au travail).

Les différentes formes de stress au travail. 

Il existe trois types de troubles de l’anxiété au travail. 

Le plus connu est le burn-out, un épuisement professionnel lié au surmenage. Le second est un  peu moins connu, mais on en parle de plus en plus depuis une décennie, il s’agit du bore-out c’est un épuisement professionnel par l’ennui. Enfin le petit dernier, le brown-out est une perte d’engagement dans son travail lié à une perte de sens.

Le burn-out

Le burn-out est un état de stress trop important lié à l’activité professionnelle. Le salarié en état de burn-out est en incapacité de fonctionner normalement, envahi par le stress

burn-out

Les symptômes du burn-out :

Au niveau émotionnel : Fatigue psychique, anxiété, irritabilité, variabilité d’humeur, trouble de l’adaptation, interprétations négatives des événements, voire idées suicidaires, perte d’envie et de désir, perte de motivation.

  • Au niveau cognitif : Troubles de la mémoire, problèmes de concentration, problème de compréhension, difficulté à prendre des décisions.
  • Au niveau comportemental : repli sur soi, isolement, impatience, diminution de l’empathie, hostilité à l’égard des autres, comportement addictif désengagement et dévalorisation.
  • Au niveau physique : Douleurs diffuses, fatigue chronique, maux de tête, vertiges, troubles du sommeil, troubles de la digestion. 

S’ils sont tous deux des troubles de l’anxiété, burn-out et dépression ont en réalité des symptômes opposés

Prévention du burn-out :

Le burn-out est une affection qui est liée à un excès de stress dans l’exercice de l’activité professionnelle. 

Par conséquent, la prévention du burn-out se fait par des mesures qui diminuent le stress professionnel des salariés. En premier lieu, soyez vigilants à la survenance des symptômes du burn-out chez les salariés.

Les salariés qui manifestent des signes de burn-out doivent être épaulés dès les premiers signes. Souvent le burn-out s’accompagne d’un déni qui les empêche de se rendre compte de la dégradation de leur état; 

Par ailleurs, la prévention du burn-out passe par la mise en place de mesures permettant de diminuer la tension nerveuse des salariés. 

Il peut être une bonne chose de flexibiliser au maximum les horaires, surtout les horaires atypiques pour que les salariés puissent concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle. 

Multiplier les évènements de team building régulièrement au cours de l’année permet de maintenir une bonne ambiance de travail et créer un lien social entre collègues dans un cadre différent de celui du lieu de travail. 

L’instauration d’une salle de sieste et l’organisation de cours de relaxation peuvent également s’avérer efficaces. 

Enfin il peut être utile de réorganiser clairement la répartition des tâches au sein de l’entreprise. Le burn-out est lié à une surcharge de travail, il faut donc vérifier qui fait quoi et si cela semble réalisable. 

Faire en sorte de donner de l’autonomie dans l’organisation de leur tâche et de leur temps de travail, aux salariés leur permet de ressentir moins de pression.

La reconnaissance individuelle est un facteur important de bien être au travail à ne pas négliger. 

Dans les cas où vous repérez des signes avant-coureurs de burn-out chez un salarié, la première chose à faire est de prévenir le médecin du travail

Parallèlement  il faut encourager le salarié à prendre des pauses voire des vacances. Dans les cas extrêmes, certaines entreprises n’hésitent pas à utiliser la mise à pied pour préserver leurs collaborateurs surmenés.

Il faut également prendre des mesures pour alléger la charge de travail du salarié, ne pas hésiter à programmer un entretien individuel pour que le salarié puisse s’exprimer, se sentir soutenu et écouté. 

Le burn-out n’est pas considéré comme une maladie professionnelle automatiquement, mais selon les cas la sécurité sociale peut déclarer le salarié en maladie professionnelle. 

Dans l’absolu le traitement du burn-out est simple : arrêt de travail et repos. 

bore-out

Le Bore-out

Le bore-out est un épuisement professionnel par l’ennui. Il s’agit d’un véritable épuisement psychologique qui peut conduire à la dépression

Il y a cinq causes possibles de bore-out : 

  •  Une trop faible charge de travail, le salarié n’a régulièrement rien à faire durant ses heures de travail
  •  Des tâches ennuyeuses et répétitives
  •  Une surqualification pour le poste occupé
  •  Absence de perspectives professionnelles                    
  •  Manque de reconnaissance du travail  

Bon à savoir   

La Cour d’Appel de Paris  à jugé par un arrêt du 2 juin 2020 que le retrait des tâches d’un salarié peut constituer sous certaines conditions une forme de harcèlement.

Les signes du bore-out

  • Absence de motivation ;
  • Désinvestissement (salarié distrait, peu de travail donc perte de temps en ligne pendant les heures de travail) ;
  • Multiplication des erreurs professionnelles (les tâches prennent plus de temps que la normale, oublis fréquents, etc.) ;
  •  Sentiment de culpabilité, face aux collègues qui ont plus de travail ;

Le salarié victime de bore-out perd confiance en ses capacités. Il a perdu sa motivation et cela peut le mener à la dépression. 

Pour solutionner le bore-out il faut tenter de remotiver le salarié, et tenter de résoudre le problème concerné (changement de poste si surqualification, augmentation de la charge de travail, effort pour lui manifester de la reconnaissance, etc.)

Le brown-out

Le brown-out est caractérisé par une baisse de l’engagement du salarié en raison d’une perte de sens dans son travail. 

Le salarié qui a perdu le lien avec le sens de son activité est démotivé, il ne se préoccupe plus de la qualité de son travail. Baisse d’attention et de vigilance aboutissent à des erreurs fréquentes. 

Il s’agit d’une pathologie récente que l’on connaît encore mal et il n’existe donc que peu de documentation sur le sujet. 

Les recommandations  pour y remédier ne sont pas bien théorisées. 

S’agissant d’une perte de sens, il faut accompagner le salarié vers une reconnexion avec le sens de sa mission, et si possible travailler à l’évolution de son poste vers plus d’autonomie et un éventail de tâches plus grand.

Les différents moyens d’actions et solutions de l’employeur

L’action de l’employeur s’articule autour de deux axes : 

  •  Éviter ou supprimer les situations trop stressantes dans le cadre de l’activité ;
  •  Accompagner les salariés qui souffrent d’un excès de stress

Il faut agir pour diminuer au maximum les facteurs de stress au travail et prévenir les situations stressantes pour ainsi éviter :

  • La surcharge de travail 
  • Le manque d’organisation

  • Les pressions hiérarchiques excessives 

Chaque entreprise diffère de par son organisation et son activité. Au sein de l’entreprise, il faut identifier les sources de stress les plus importantes. Consulter régulièrement les salariés et managers à ce sujet est une bonne idée. Cela peut permettre d’identifier les sources de stress et renforcera le sentiment des salariés d’être écoutés. 

Un bon moyen de diminuer l’impact du stress au travail est de favoriser le bien être au travail. Améliorer les conditions de travail et plus généralement la qualité de vie au travail dans le cadre d’une démarche QVT est un outil puissant pour améliorer le bien être des salariés et diminuer l’impact des tensions et du stress

Exemples d’amélioration des conditions de travail très profitables aux salariés : 

  • Flexibilité des horaires de travail
  • Encouragement du télétravail
  • Aménagement d’une salle de sieste

Il peut également être bénéfique pour l’entreprise de travailler sur l’organisation du travail afin  de diminuer les frictions et le stress :

  • Former les managers, pour diminuer les pressions hiérarchiques contre-productives
  • Augmenter la consultation des salariés
  • Augmenter l’autonomie des salariés

Combien de temps pour sortir d’un burn-out ?


La réponse est variable selon les individus. Certains mettront quelques mois, d’autres plusieurs années. La durée de l’arrêt de travail est à la discrétion du médecin. 


Dans tous les cas le remède est simple : arrêt de travail et repos. 

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